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Une étudiante de Toulon mobilise Hyères pour chasser les déchets de la Méditerranée

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Le 28 mars 2026 à Hyères, des étudiants de l’Université de Toulon ont collecté 40 kg de déchets sur la plage de la Bergerie dans le cadre du projet européen AZA4ICE.

Article en partenariat bénévole avec Cosmos Materia | le média qui décrypte les relations entre l’humain et la matière par la médiation scientifique et culturelle.

Marche propre du 28 mars 2026 — Plage de la Bergerie, Hyères (Var, France)

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans l’acte de se baisser, de ramasser, et de regarder ce qu’on tient dans la main. Ce matin de fin mars 2026, sur la plage de la Bergerie à Hyères, dans le Var, une trentaine de personnes ont fait exactement cela : regarder la matière en face.

Une association née d’un cours de master

Derrière cette initiative, une étudiante. Nadia Kaabi est en Master 1 Sciences de la Mer à l’Université de Toulon, et c’est dans le cadre d’une unité d’enseignement dédiée à l’engagement qu’elle a fondé les Chasseurs de Déchets Sans Frontières — CDSF. Le nom lui-même est une déclaration.

« On trouve tellement de déchets un peu partout où on va que ça devient un petit peu comme une espèce envahissante. Et souvent pour les espèces envahissantes, il faut les chasser pour permettre de réduire la population dans différentes localités. »

Un clin d’œil à Médecins Sans Frontières, mais aussi une métaphore écologique parfaitement choisie : la pollution plastique se comporte comme une espèce invasive. Elle colonise. Elle s’étend. Et face à elle, la réponse ne peut pas être passive.

L’idée de l’événement, elle, est née d’une frustration pratique. Le World Cleanup Day, cet événement mondial de ramassage de déchets, se tient chaque année juste avant la rentrée universitaire — au moment précis où les étudiants ne se connaissent pas encore.

« Pas mal de gens ne se connaissaient pas encore, étaient occupés à prendre leur base sur cette nouvelle année universitaire. Donc c’était très délicat. Mais au final, on s’est dit : pourquoi pas organiser une collecte et, si ce n’est pas faisable à l’échelle d’une commune, la faire à l’échelle de l’université ? »

Ce déplacement d’échelle est une leçon de méthode : commencer par là où l’on est, avec ce qu’on a.

28 mars, 3 km de plage, 40 kg de réalité

Le samedi 28 mars, la Plage de la Bergerie était choisie avec soin : identifiée avec le Pôle Mer Méditerranée comme l’un des sites les plus pertinents pour une marche propre, elle offrait en même temps un cadre printanier que Nadia souhaitait mettre à profit.

« On s’est dit, et si on célébrait le printemps en même temps qu’on organisait notre collecte ? »

Pour cet événement, une fresque du plastique au format quiz a été choisi : accessible, ludique, conçu pour engager rapidement un groupe et ouvrir le débat avant le passage à l’action.

Le bilan, deux heures et demie plus tard, parle de matière avec une précision scientifique saisissante :

  • 40,64 kg de déchets collectés
  • 445 litres au total : 330 l de plastiques, 110 l de déchets ménagers, 5 l de carton et de verre
  • Principalement des microplastiques et des tiges de sucette

Parmi les trouvailles les plus insolites : plaquettes de stands de sports nautiques, chaussures orphelines, tubes Eppendorf — ces petits contenants de laboratoire en plastique — et du cordage de bateau. Un inventaire qui raconte silencieusement nos usages de la mer.

Le projet européen derrière la collecte

Cette marche propre ne s’est pas organisée seule. Elle s’inscrit dans le cadre du projet européen AZA4ICE, cofinancé par Interreg Euro-MED. Nadia en décrit elle-même la logique :

« C’est un projet qui concerne la pratique de la pêche, la façon dont on peut la promouvoir sans qu’elle soit intensive au niveau des littoraux. Et pour préserver ces littoraux où les pêches soutiennent pleinement leur rôle — on parle de nurseries, de zones de reproduction — c’est le nettoyage des plages qui ressort souvent dans ce projet. »

Autrement dit : la santé des fonds marins commence sur le rivage. Le Pôle Mer Méditerranée, partenaire d’AZA4ICE, coordonne ces actions sur les territoires français. À ses côtés ce jour-là : Cosmos Materia, le média matériau-centré fondé par le Dr. Mike Abidine Alexandre, et Les Bouchons d’Amour, association qui recycle les bouchons en plastique en financement de matériel médical.

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La matière ne disparaît pas, elle s’accumule. Eux, ils sont venus la récupérer. Première marche propre des Chasseurs de Déchets Sans Frontières, Plage de la Bergerie, Hyères — 28 mars 2026. © Anouchka LE ROUX / Pôle Mer Méditerranée

La matière, avant et après le geste

Pour comprendre ce que signifient ces 330 litres de plastique — dont la majorité en microparticules (dont la taille est comprise entre 5 mm et 1 µm) — il faut rappeler une réalité physique fondamentale : un plastique est une formulation d’un polymère comme le polypropylène, polyéthylène ou bien le polyéthylène téréphtalate, etc… et des additifs chimiques. Un plastique ne se dégrade pas, il se fragmente. Sous l’effet des UV et des vagues, il se divise en particules de plus en plus petites, invisibles à l’œil nu, mais bien présentes dans les sédiments, dans les organismes marins, et désormais dans le corps humain. Ce que les volontaires ont ramassé, c’est la partie visible d’une contamination bien plus profonde.

La tige de sucette, légère et transparente, en est le symbole parfait : trop petite pour les systèmes de tri, trop légère pour rester sur terre — et pourtant, retrouvée par dizaines sur 3 km de plage varoise.

Et après ?

Interrogée sur l’avenir de l’association, Nadia reste lucide mais ouverte.

« Le futur est encore un peu flou pour nous. Mais l’idée serait qu’elle devienne une partie intégrante du master, comme le bureau des étudiants — pour que si jamais le projet recyclage ressort, l’association puisse revenir en pratique et motiver des étudiants à participer. »

Une chose est certaine : l’énergie et la méthode sont là. Et comme Nadia le dit elle-même avec une conviction qui résume toute la démarche :

« Les meilleures opportunités commencent par des petites idées comme ça. »

Cet article a été réalisé en partenariat bénévole par Cosmos Materia, dans le cadre de sa mission de médiation scientifique et culturelle.


Références

  1. Pour suivre le projet européen AZA4ICE : aza4ice.interreg-euro-med.eu ↗
  2. https://polemermediterranee.com/ ↗
  3. https://www.bouchonsdamour.com/ ↗
  4. https://interreg-euro-med.eu/en/ ↗
  5. https://formations.univ-tln.fr/fr/offre-de-formation/master-XB/master-sciences-de-la-mer-LO8RI57D.html
  6. https://www.fresqueduplastique.org ↗

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Mike Abidine ALEXANDRE, Ph.D

Docteur en science et génie des matériaux
Fondateur & Rédacteur en chef de Cosmos Materia

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