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Ces derniers mois, le cadmium s’est réinvité dans l’actualité des risques sanitaires quotidiens, suscitant une vive inquiétude face à l’ampleur de la contamination. Bien que des politiques de réduction soient engagées depuis les années 1980, la troisième Étude d’Alimentation Totale (EAT3) publiée cette année par l’Anses dresse un constat explicite : 47 % des adultes et 25 % des enfants en France dépassent le seuil critique d’imprégnation. Quels aliments privilégier ? Quelles marques choisir ? Comment répondre à cette alerte sanitaire sans sombrer dans une panique irrationnelle au moment de faire ses courses ?
Le cadmium, un métal aux propriétés attractives mais d’une grande toxicité pour le vivant
Le cadmium (Cd) est un métal mou, malléable et de couleur blanc argenté. Naturellement présent dans la croûte terrestre à des concentrations variables, il n’existe pas de gisement propre mais ce métal constitue un sous-produit du raffinage du zinc. Son usage industriel est aujourd’hui drastiquement restreint en Europe en raison de sa toxicité avérée : il est classé comme cancérigène pour les poumons, les reins et la prostate, et reconnu responsable de déminéralisation et de fragilisation osseuse (ostéoporose). Son emploi demeure toutefois autorisé par dérogation dans les batteries au nickel-cadmium pour leur résistance aux températures extrêmes et leur longévité, ainsi que dans les agents de traitement de surface contre la corrosion pour des pièces critiques, pour des secteurs stratégiques tels que l’aéronautique, le ferroviaire et la défense. Mais comment ce composé se retrouve-t-il dans nos assiettes ?
Le transfert de risque : de la roche phosphatée à la chaîne alimentaire
Le cadmium est présent à des concentrations anormalement élevées dans les sols agricoles, impactant directement notre chaîne alimentaire, principalement en raison de l’accumulation d’engrais phosphatés de synthèse. Le phosphore est un nutriment indispensable à la croissance des cultures. L’agriculture conventionnelle a recours à des engrais issus de roches phosphatées naturelles qui contiennent du cadmium en quantités variables selon leur provenance géologique. Or, les procédés industriels classiques de fabrication ne permettent pas d’éliminer la totalité de ce résidu métallique, qui finit ainsi répandu sur les surfaces cultivées. Ainsi, l’apport massif d’intrants phosphatés pour stimuler les rendements a déplacé cet élément toxique vers la chaîne alimentaire.
La problématique ne réside pas uniquement dans la présence brute du métal, mais dans sa localisation et sa forme chimique : déposé au plus près du système racinaire, ce cadmium est plus biodisponible, c’est-à-dire qu’une grande proportion de cadmium est absorbée par les plantes. La forme issue des engrais est potentiellement plus libre et soluble dans l’eau (forme ionique), facilitant son absorption par le système racinaire, contrairement au cadmium piégé dans la roche brute. Ainsi, bien que le cadmium issu des engrais phosphatés ne représente que 0,1 % du stock total de cadmium présent dans le sol, cette fraction s’avère particulièrement nocive pour les cultures et donc notre santé.
Une substance persistante dans les sols et les organismes vivants
Depuis les années 1980, l’utilisation des engrais phosphatés a chuté de 70 % afin de limiter les risques de pollution. Pour autant, les niveaux mesurés restent élevés, car le cadmium accumulé au fil des décennies disparaît difficilement. Les parcelles converties à l’agriculture biologique ne sont pas épargnées si elles ont auparavant subi des épandages d’engrais de synthèse. Même en stoppant immédiatement tout apport minéral, il faudrait plusieurs décennies pour observer une baisse de quelques pourcents seulement par lixiviation (passage de l’eau à travers le sol, qui dissout progressivement les composés) et par lessivage (passage de l’eau qui entraîne les composés en profondeur).
Dans l’alimentation, les concentrations les plus fortes s’observent dans les algues, les champignons, les mollusques bivalves et les abats. Toutefois, ce sont des denrées de grande consommation comme les céréales (notamment le blé dur) qui constituent la principale source d’exposition chronique, malgré des teneurs individuelles plus faibles. Une fois ingéré, le cadmium s’accumule principalement dans les reins et le foie, avec une vitesse d’élimination si lente qu’il faut plus de 20 ans au corps pour en évacuer seulement la moitié, ce qui explique le regain de préoccupation des autorités de santé publique.
Quelles solutions durables pour cet enjeu majeur ?
Face à la multiplication des alertes médiatiques pointant du doigt telle marque ou tel aliment, l’inquiétude est compréhensible. Mais faut-il pour autant bannir ces produits de notre quotidien ? La réponse réside probablement dans un arbitrage personnel plus serein, couplé à des transformations collectives de fond. Nous, consommateurs, pouvons minimiser l’exposition au cadmium en gardant une alimentation diversifiée, ce qui nous permet de conserver un apport nutritionnel complet tout en diluant l’exposition globale aux différents contaminants.
À l’échelle collective, plusieurs solutions sont progressivement mises en œuvre. Les organismes de surveillance affinent leurs méthodes de collecte de données sur les sols et les produits alimentaires afin d’accroître la précision du suivi sanitaire. Sur le plan agronomique, le déploiement de variétés agricoles naturellement peu accumulatrices de cadmium a déjà fait ses preuves et tend à se généraliser dans nos modèles agricoles.
Concernant la dépollution des sols, la phytoremédiation, c’est-à-dire l’utilisation de plantes capables d’extraire les polluants des sols, offre des perspectives concrètes grâce à des espèces hyperaccumulatrices comme la crucifère sauvage Noccaea caerulescens, qui démontrent d’excellentes capacités de captation du cadmium. De plus, des technologies de pointe, comme l’utilisation de nanoparticules de magnétite (Fe3O4) en association avec les plantes hyperaccumulatrices, sont explorées pour maximiser la captation et le recyclage du métal.
À suivre
Les solutions techniques existent donc et permettent de projeter des améliorations à long terme. Mais face à un enjeu de cette ampleur, quels cadres réglementaires émergeront pour renforcer la surveillance, réduire le risque à la source, gérer la situation existante et financer le déploiement de ces techniques de dépollution ? Nous devrons continuer à étudier de près la question et notre rapport à ce matériau.
Références
- Reporterre — Comment choisir ses pâtes quand 80 % sont contaminées au cadmium ? (28 août 2026) : https://reporterre.net/Comment-choisir-ses-pates-quand-80-sont-contaminees-au-cadmium
- INSERM — Exposition au cadmium : pourquoi faut-il s’en inquiéter ? (31 août 2026) : https://www.inserm.fr/actualite/exposition-au-cadmium-pourquoi-il-faut-sinquieter/
- INRAE — Pourquoi y a-t-il du cadmium dans les sols et comment le retrouve-t-on dans l’alimentation ? (22 mai 2026) : https://www.inrae.fr/actualites/pourquoi-y-t-il-du-cadmium-sols-comment-retrouve-t-lalimentation
- Cosmos Materia – Actualités — Conflit Iran–Israël–États-Unis : crise au Moyen-Orient, engrais, azote et risques pour l’économie mondiale (5 mai 2026) : https://www.cosmosmateria.com/conflit-iran-israel-etats-unis-crise-au-moyen-orient-engrais-azote-et-risques-pour-leconomie-mondiale/




