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Rejeté une première fois par le Sénat en février 2026, le projet de nationalisation de la sidérurgie, évalué à 3 milliards d’euros, est perçu par certains partis politiques comme une mesure superficielle pour redresser un marché mondial en fort déséquilibre. La saturation critique du marché de l’acier s’explique notamment par une surproduction d’acier chinois et son exportation massive, marquée par une hausse des exportations de 153 % en 2025 par rapport à 2020. Le modèle économique des sidérurgistes chinois reposerait sur des subventions publiques conséquentes de leur gouvernement, leur permettant d’écraser les prix face aux concurrents internationaux. Ainsi, si le projet de nationalisation d’ArcelorMittal vise à contrer cette concurrence agressive, les stratégies concrètes pour créer de nouveaux marchés et pérenniser l’activité à travers ce plan ne sont pas encore clairement identifiées.
L’acier, un matériau essentiel dans notre société
L’acier est un alliage métallique contenant principalement du fer et une faible quantité de carbone (entre 0,02 % et 2,1 %). Il est indispensable au fonctionnement de notre société moderne pour de multiples usages : automobile, aérospatial, construction, emballages, infrastructures, électroménager, défense ou encore énergies renouvelables. Aujourd’hui, 70 % de la production mondiale de l’acier est issue de la filière primaire, utilisant du minerai de fer et du charbon (coke) au sein de hauts fourneaux et de convertisseurs à oxygène. Le charbon y sert à la fois de combustible pour chauffer à haute température (1 200 °C) et d’agent chimique pour retirer l’oxygène contenu dans le minerai de fer. Le fer obtenu sous forme liquide, appelé fonte, est ensuite placé dans un convertisseur à oxygène pour abaisser le taux de carbone en dessous de 2 %, rendant le métal moins cassant. De l’oxygène pur y est injecté pour se lier au carbone excédentaire et former des effluents gazeux (CO et CO2).
Selon l’usage final, la composition de l’acier peut être enrichie avec d’autres éléments chimiques afin d’obtenir des propriétés techniques spécifiques. On dénombre aujourd’hui plus de 3 500 nuances d’acier, qui se répartissent en trois familles principales : les aciers non alliés, qui représentent la production la plus courante ; les aciers faiblement alliés, intégrant moins de 5 % d’éléments d’addition comme le silicium, le chrome, le manganèse ou le nickel ; et enfin les aciers fortement alliés, qui présentent des teneurs en métaux d’alliage bien plus élevées, à l’instar des aciers inoxydables (ou « inox ») qui contiennent au moins 10,5 % de chrome.
Une industrie très polluante, mais des solutions existent
Cette industrie s’avère particulièrement polluante, représentant environ 7 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Cependant, une méthode éprouvée permet de minimiser ces émissions tout en restant rentable : la fabrication d’acier recyclé à partir de ferrailles de récupération à l’aide de fours à arc électrique. Environ 30 % de l’acier mondial provient aujourd’hui de cette filière. Cette technique présente l’avantage de ne pas altérer les propriétés intrinsèques de l’acier, de permettre des économies d’énergie considérables et de générer jusqu’à 7 fois moins de carbone que la production primaire, un bilan d’autant plus vertueux si des sources d’électricité bas-carbone sont utilisées. Des étapes de tri rigoureuses restent néanmoins nécessaires pour séparer les différentes nuances et éviter la dégradation de la qualité du métal pour des applications de haute technicité. L’Europe possède un stock important de ferrailles, qui couvre actuellement 60 % de ses besoins et pourrait grimper jusqu’à 70 % dans les années à venir, ce qui en fait une filière d’avenir hautement stratégique.
Une autre voie de décarbonation repose sur l’utilisation de l’hydrogène vert dans la production primaire pour remplacer le charbon. L’hydrogène capte l’oxygène du minerai et ne rejette que de la vapeur d’eau (H2O), éliminant ainsi la production de CO2. Pour le moment, son coût de déploiement reste trop élevé, et les problématiques liées à l’approvisionnement massif en hydrogène vert et rentable demeurent en cours de développement.
Comment allier crise économique et avenir écologique ?
Bien que les solutions technologiques existent, les tensions économiques mondiales complexifient les ambitions environnementales, alors même que la croissance de la demande en acier est estimée à 0,9 % par an d’ici 2030. À titre d’exemple, en janvier 2024, ArcelorMittal et le gouvernement français avaient lancé un ambitieux projet de décarbonation pour l’usine de Dunkerque, prévoyant l’installation de fours électriques et d’une unité de réduction directe du fer sans charbon. Pourtant, deux ans plus tard, les objectifs ont dû être revus à la baisse : on vise désormais une diminution de 27 % des émissions de GES, contre les 35 % initialement prévus.
Cette situation illustre parfaitement la complexité à s’adapter aux fluctuations brutales des marchés tout en menant de front la transition écologique du secteur. Si le marché de l’acier est actuellement dévalorisé par la surproduction, la ressource n’en reste pas moins indispensable à la quasi-totalité de nos pans d’activité. Le défi réside donc dans le déploiement et le financement à grande échelle des infrastructures nécessaires pour minimiser ces impacts.
En fin de compte, le blocage actuel n’est pas un problème de matière première ou de mode de fabrication, mais relève plutôt de décisions politiques et collectives. L’Union européenne et les États-Unis tentent de faire face à la crise par des mesures douanières et réglementaires contraignantes, mais vers quelle stratégie finale ? Pour le moment, les perspectives de la filière demeurent inconnues.
Références
- Le Parisien — Nationalisation d’ArcelorMittal : l’Assemblée nationale adopte en deuxième lecture la proposition de loi (11 juin 2026) : https://www.leparisien.fr/economie/nationalisation-darcelormittal-lassemblee-nationale-adopte-en-deuxieme-lecture-la-proposition-de-loi-11-06-2026-J53JXFCUJNDHHD2S24MHB4WXWA.php
- Assemblée nationale — Proposition de loi, T.A. n° 309 (11 juin 2026) : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17t0309_texte-adopte-seance
- Techniques de l’ingénieur — Acier : vers une nouvelle crise mondiale liée aux surcapacités (22 juin 2026) : https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/acier-vers-une-nouvelle-crise-mondiale-liee-aux-surcapacites-160294/
- ArcelorMittal Packaging — L’acier c’est quoi (consulté le 24 juin 2026) : https://packaging.arcelormittal.com/repository2/fce/Fiche_1_acier_cest_quoi.pdf
- Cosmos Materia – Actualités — Méthane sous surveillance : ce que les satellites de l’ONU révèlent des plus grandes fuites mondiales (19 mai 2026) : https://www.cosmosmateria.com/methane-sous-surveillance-ce-que-les-satellites-de-lonu-revelent-des-plus-grandes-fuites-mondiales/




