Temps de lecture :
La société Symbio est grandement impactée par le retrait d’un de ses actionnaires majeurs, Stellantis, seulement trois ans après son entrée au capital. En juillet 2025, le groupe automobile a mis un terme à son offre de véhicules à hydrogène par manque de perspectives économiques sur ce marché. Stellantis représentait également le principal client de Symbio, représentant près de 80 % de sa future production de piles à hydrogène. Le fabricant avait d’ailleurs adapté ses infrastructures en conséquence. Qu’est-ce que le retrait de Stellantis nous montre sur l’avenir de l’hydrogène ?
Toute création d’énergie nécessite de la matière
L’hydrogène, utilisé pour générer l’énergie électrique dans la pile à hydrogène, correspond plus exactement au dihydrogène (H2), un gaz extrêmement inflammable et réactif. On le retrouve en infime quantité dans l’atmosphère (0,00005 %). La présence d’hydrogène a également été identifiée dans le sous-sol de nombreuses zones géographiques : c’est l’hydrogène blanc (ou naturel) dont il n’existe à ce jour qu’un seul gisement exploité au Mali. Hormis cette source native, l’hydrogène commercialisé provient de procédés industriels utilisant essentiellement des hydrocarbures (environ 95 %).
Cet hydrogène d’origine fossile, communément appelé hydrogène gris, est majoritairement produit par vaporeformage du gaz naturel, c’est-à-dire du méthane. Ce procédé consiste à chauffer le gaz avec de la vapeur d’eau pour décomposer le méthane en CO2 et en hydrogène, qu’il faut ensuite purifier et stocker. Cet hydrogène est principalement destiné aux usines pour la fabrication d’engrais.
L’hydrogène est aussi produit par l’électrolyse de l’eau, qui consiste à convertir l’eau en hydrogène et en oxygène sous l’action d’un courant électrique (phénomène inverse de la pile à combustible). On parle d’hydrogène vert si l’électricité provient d’énergies renouvelables (solaire, éolien) et d’hydrogène jaune si elle est issue de l’énergie nucléaire.
Pile à combustible : un avenir encore incertain
« Hydrogène + oxygène → eau ». Avec de la vapeur d’eau comme seul rejet, formée lors de la rencontre des atomes d’hydrogène et d’oxygène dans le dispositif, la pile à hydrogène est une promesse pour répondre au besoin d’alternatives aux carburants émettant du CO2 additionnel lors de leur combustion, un des éléments responsables du réchauffement climatique.
Cependant, selon la provenance de l’hydrogène (citée ci-dessus), l’addition écologique et économique s’avère plus ou moins salée. Le vaporeformage déplace la problématique des émissions de CO2 de l’aval (lors de la combustion des carburants) vers l’amont (lors du procédé de conversion lui-même). De plus, bien que ce procédé reste le moins cher en comparaison avec l’électrolyse de l’eau, il demeure deux fois plus onéreux que le gaz naturel lui-même. Les techniques de captage du CO2 pour le vaporeformage (qui permettent d’obtenir un hydrogène « décarboné » dit hydrogène bleu) permettent certes de diminuer l’impact écologique, mais restent encore économiquement inattractives. De même pour l’électrolyse de l’eau, la provenance de l’électricité (nucléaire, charbon, solaire, éolien) est déterminante dans l’impact final de la pile à combustible.
Le retrait de Stellantis illustre la complexité de développer des systèmes industriels prospères et durables pour la filière de l’hydrogène, et ce malgré les aides publiques qui permettent aux groupes privés de réduire des coûts d’investissements massifs. En somme, les investissements engagés n’empêchent pas l’abandon de projets d’une telle envergure dès lors que le modèle économique est jugé trop risqué.
À suivre
Symbio a développé un nouveau modèle économique pour sauvegarder sa fabrication de piles à combustible. Cependant, il est important que la France et l’Union européenne s’intéressent davantage à la matière première : comment rendre l’hydrogène plus accessible et plus durable pour que des sociétés comme Symbio puissent vendre leurs équipements et pérenniser leur activité ? Un équipement sans une ressource primaire accessible et durable court inexorablement à l’échec et à sa perte. L’une des solutions qui s’ouvrent à nous est l’exploitation de l’hydrogène naturel, qui pourrait s’avérer moins coûteuse que les autres procédés. Plusieurs pistes d’exploitation d’hydrogène naturel en France sont en cours d’étude notamment en Lorraine, en Aquitaine et dans les Pyrénées. Nous tâcherons de suivre si ces projets vont aboutir et apporter des perspectives plus durables à cette filière.
Références
- Le Monde — Symbio, la pépite française de l’hydrogène, a brûlé 350 millions d’euros d’aides publiques en deux ans avant de licencier 70 % des salariés (11 mai 2026) : https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/05/11/symbio-la-pepite-francaise-de-l-hydrogene-a-brule-350-millions-d-euros-d-aides-publiques-en-deux-ans-avant-de-licencier-70-des-salaries_6687939_3234.html
- Le Point — L’hydrogène blanc va-t-il sauver une filière en plein désarroi ? (7 avril 2026) : https://www.lepoint.fr/science/lhydrogene-blanc-va-t-il-sauver-une-filiere-en-plein-desarroi-USALKMXWWJGMDITOZGBMGV6OEE/
- L’ÉLÉMENTARIUM — Dihydrogène : https://lelementarium.fr/product/dihydrogene/
- CEA — L’hydrogène (1 décembre 2013) : https://www.cea.fr/comprendre/Pages/energies/renouvelables/hydrogene.aspx?Type=Chapitre&numero=1
- Cosmos Materia – Actualités — Méthane sous surveillance : ce que les satellites de l’ONU révèlent des plus grandes fuites mondiales (19 mai 2026) : https://www.cosmosmateria.com/methane-sous-surveillance-ce-que-les-satellites-de-lonu-revelent-des-plus-grandes-fuites-mondiales/
Légende Photo :
© Neeqolah Creative Works (@neeqolah) / Unsplash




