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Trente satellites scrutent la Terre en permanence. Chaque bouffée anormale de méthane, du désert du Turkménistan aux décharges chiliennes, est enregistrée, géolocalisée, transmise en temps réel aux gouvernements concernés. C’est le principe du MARS, le Methane Alert and Response System, introduit en 2023 par l’Observatoire international des émissions de méthane (IMEO) du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). En avril 2026, le système publie sa mise à jour trimestrielle : 41 sources majeures de méthane ont été atténuées depuis le lancement du programme. Ensemble, elles représentaient environ 1,2 million de tonnes de méthane, une quantité comparable en impact climatique à 24 millions de voitures à essence roulant pendant un an, d’après leur rapport.
Ce n’est pas rien. C’est aussi peu, au regard de ce que les satellites continuent de détecter.
MARS : alerte et réponse, deux temps très inégaux
Le MARS ne produit pas des données pour les archiver. Il alerte, en temps réel, les gouvernements et les opérateurs lorsqu’une source significative est identifiée. Ces acteurs sont ensuite invités à répondre : confirmer l’émission, en expliquer la cause, indiquer les mesures prises ou prévues. Le taux de réponse est révélateur. Certains pays dépassent 80 % de réponses aux notifications ; d’autres, parmi les plus gros émetteurs, restent à 0 %. Les pays ayant désigné un point focal national au sein du dispositif présentent systématiquement des taux plus élevés. Autrement dit : quand la question est organisée, la réponse suit.
Parmi les 50 plus grandes sources mondiales identifiées en avril 2026, trois secteurs dominent : pétrole et gaz, charbon, déchets. Le Chili figure en tête avec une décharge de la région de Santiago émettant plus de 100 000 tonnes de méthane par an (le chiffre exact est de 102 667 tonnes de méthane par an). Le Turkménistan concentre plusieurs installations pétrolières et gazières sur son seul territoire. La Chine, elle, aligne dans ses régions charbonnières du nord de nombreux puits de ventilation de mines thermiques et métallurgiques.
Le méthane, matière première avant tout
Qu’est-ce que le méthane, au fond ? Une molécule simple : un atome de carbone lié à quatre atomes d’hydrogène (CH₄). Le gaz naturel en est composé à plus de 90 %. On le brûle pour produire chaleur et électricité, on l’injecte dans des réseaux, on en tire de l’hydrogène, des engrais, des polymères. Des travaux financés par la Commission européenne rappellent que le méthane est aussi une matière première chimique à part entière, dont les usages industriels débordent largement le seul combustible. Ce qui est frappant, c’est que la molécule qui concentre tant d’inquiétudes climatiques est aussi celle sur laquelle reposent des pans entiers de l’économie mondiale. Un double statut qui rend les arbitrages politiques particulièrement délicats.
Trois voies pour produire ou récupérer le méthane
Le méthane n’est pas qu’extrait : il peut être fabriqué ou capté. Trois voies coexistent aujourd’hui.
La première est biologique. La méthanisation consiste à faire dégrader des matières organiques par des micro-organismes en l’absence d’oxygène. Déchets agricoles, biodéchets ménagers, boues de station d’épuration : tous peuvent servir d’intrant. On obtient un biogaz, purifié ensuite en biométhane injectable dans les réseaux gaziers existants.
Vient ensuite la voie électrochimique. Des chercheurs du CNRS ont mis au point un procédé dit « power-to-gas » : en combinant du CO₂ et de l’électricité renouvelable à l’aide d’un catalyseur à base de nickel et de fer, on produit directement du méthane de synthèse. Cette approche valorise un déchet tout en stockant de l’énergie sous forme gazeuse, une piste concrète pour absorber les surplus d’électricité solaire ou éolienne.
La troisième voie, la plus répandue, est fossile. L’extraction du gaz naturel dans les sous-sols, traité puis distribué ou transporté sous forme liquéfiée (GNL), mobilise du carbone stocké depuis des millions d’années dans les roches sédimentaires. À la différence du biogaz, qui recycle du carbone déjà présent dans la biosphère, c’est là que l’empreinte climatique des deux filières diverge fondamentalement.
À surveiller
Le rapport MARS d’avril 2026 pointe une limite structurelle : les satellites ne détectent que les plus grandes émissions, lesquelles ne représentent qu’une fraction des émissions globales totales. La question reste entière : si les plus gros émetteurs sont désormais visibles depuis l’espace, qui surveille les millions de sources diffuses que les instruments n’atteignent pas encore ?
Reste une tension de fond à ne pas perdre de vue : le méthane est à la fois le problème et le carburant de pans entiers de l’économie mondiale. Ce paradoxe pèsera sur chaque décision politique à venir.
Références
- UNEP – MARS Snapshot, April 2026 — Top 50 emitters, country responses and mitigation. United Nations Environment Programme / International Methane Emissions Observatory : https://wedocs.unep.org/items/88e99807-3fbc-419f-b52a-6fc6ba6379af
- CNRS Chimie — Une voie directe pour transformer le CO₂ en méthane avec de l’électricité renouvelable. Institut national de chimie du CNRS (21 décembre 2020) : https://www.inc.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/une-voie-directe-pour-transformer-le-co2-en-methane-avec-de-lelectricite-renouvelable
- CORDIS / Commission européenne — Utiliser le méthane en tant que matière première. Résultats de recherche de l’UE. (09 mars 2023) : https://cordis.europa.eu/article/id/33538-feasible-use-of-methane-as-a-raw-material/fr
- Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire — La méthanisation agricole en questions (12 juin 2017) : https://agriculture.gouv.fr/la-methanisation-agricole-en-questions
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© Zbynek Burival (@zburival) — Silhouette de cric pompe à huile sur le coucher de soleil rouge / Unsplash




