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Compostage, recyclage ou… ailleurs ?
Il y a une question que je me suis souvent posée : où doit-on jeter un chewing-gum ?
Et comme toujours, impossible pour moi de ne pas commencer par un peu de chimie.
L’histoire du chewing-gum est très ancienne : certaines espèces d’arbres produisent des latex ou des résines naturelles, et il y a environ 5000 ans, quelqu’un s’est dit : « Tiens, si je mâchais ça ? » – et voilà, le début de l’aventure.
Pendant longtemps, rien n’a vraiment changé : la base des chewing-gums était naturelle et biodégradable. Puis la chimie moderne est arrivée, et là… on a commencé à ajouter des colorants, des arômes, tout un tas d’ingrédients, et même à remplacer la base végétale par des paraffines.
En bon chimiste curieux que je suis, j’ai évidemment retourné les paquets pour voir ce qu’ils mettaient dedans. Résultat : mystère et boule de gomme. Ils écrivent juste “gomme base”, comme si c’était la recette secrète du Coca-Cola. Après quelques recherches, j’ai découvert que cette “gomme base” est en réalité un mélange de résines naturelles et de polymères synthétiques, dont le polyisobutylène, un matériau non biodégradable et des additifs de formulation. En d’autres termes, on parle de plastique, non ?
Conclusion : au compost, c’est NON ! Un chewing-gum peut mettre jusqu’à 1000 ans à se dégrader.
Et là, deux questions se posent :
- N’est-ce pas un peu une arnaque pour le consommateur ? On devrait savoir ce qu’on met dans notre bouche, au moins d’un point de vue éthique. Et évidemment, vu de chez MatérioThinking de Cosmos Materia, la question devient encore plus savoureuse quand on la regarde sous l’angle des matériaux.
- Pourquoi ne pas revenir à une base naturelle et biodégradable ? Eh bien, parce que cela entraînerait une énorme pression sur certaines forêts et risquerait de créer des monocultures d’arbres producteurs de résine. Bref, pas si simple.
Heureusement, tout n’est pas noir :
- Des entreprises comme Gumdrop recyclent les chewing-gums collectés et créent plein d’objets, jusque dans certaines parties de chaussures en collaboration avec Adidas.
- En France, Creagum valorise la fraction plastique, et KeeNat récupère et recycle aussi les chewing-gums.• Des entreprises comme Gumdrop recyclent les chewing-gums collectés et créent plein d’objets, jusque dans certaines parties de chaussures en collaboration avec Adidas.• En France, Creagum valorise la fraction plastique, et KeeNat récupère et recycle aussi les chewing-gums.
À cela s’ajoute un autre problème : certains additifs (notamment certains phtalates) sont des perturbateurs endocriniens, qui à forte dose peuvent favoriser cancers et autres maladies. Sympa, non ?
Vous allez me dire : « Nizami, encore une fois tu veux qu’on arrête de faire un truc ! »
Pas du tout ! Mais on peut réduire notre consommation. Gardons le chewing-gum pour les grandes occasions : juste avant une réunion importante par exemple.
Mais plus sérieusement, si vous tenez absolument à mâcher du chewing-gum, des entreprises comme Chicza ou Propolia proposent des biodégradables. Néanmoins, je n’ai pas regardé leur analyse de cycle de vie pour la conception de ces chewing-gums, autre axe d’étude.
Et pour finir : à Singapour, le chewing-gum est carrément interdit, sauf usage médical. Oui oui.
Je vous laisse méditer et à la prochaine édition.
Nizami
Légende Photo :
MatérioThinking avec le Dr. Nizami Israfilov. Crédit : Cosmos Materia

MatérioThinking
MatérioThinking est la chronique du média Cosmos Materia qui explore la matière comme matériau et sujet de réflexion.


