Fabrication additive : la révolution viendra des matériaux, pas des machines

Temps de lecture :

3–4 minutes
La prochaine révolution de la fabrication additive ne viendra pas des machines, mais des matériaux : pourquoi seuls 2 % des matériaux industriels sont compatibles avec la fabrication additive, et comment l’économie circulaire peut transformer la souveraineté industrielle européenne. Une tribune signée par Maxime Delmée, Ph.D. pour Cosmos Materia.

La fabrication additive est souvent présentée comme l’une des technologies les plus prometteuses de l’industrie du futur. À juste titre. Elle permet de produire des pièces avec seulement la matière nécessaire, à la demande, au plus près du besoin, de réduire les délais de fabrication et de concevoir des pièces dont la complexité dépasse largement les possibilités des procédés conventionnels.

Depuis plusieurs années, les progrès réalisés sur les équipements, les logiciels et l’automatisation sont spectaculaires. Pourtant, à mes yeux, la prochaine grande révolution de la fabrication additive ne viendra pas des machines. Elle viendra des matériaux.

Un chiffre illustre parfaitement ce défi : aujourd’hui, seule une fraction des matériaux utilisés dans l’industrie manufacturière traditionnelle est compatible avec les procédés de fabrication additive. On estime qu’à peine 2 % des matériaux disponibles dans l’industrie manufacturière conventionnelle peuvent être utilisés directement en impression 3D (fabrication additive).

Autrement dit, nous n’avons encore exploré qu’une infime partie du potentiel de cette technologie.

Cette réalité constitue certes une limitation, mais surtout une opportunité exceptionnelle. Car chaque nouvelle application industrielle exige des matériaux aux propriétés spécifiques : résistance mécanique, stabilité thermique, conductivité, légèreté, durabilité ou encore recyclabilité. Le véritable terrain d’innovation se situe désormais dans la capacité à développer ces nouvelles générations de matériaux.

Cette question est d’autant plus importante que la fabrication additive porte souvent une promesse de relocalisation industrielle. Produire localement est un objectif louable. Mais peut-on réellement parler de production locale lorsque les matières premières continuent à traverser plusieurs continents avant d’arriver dans nos usines ?

Pour moi, la souveraineté industrielle ne se limite pas à l’emplacement des machines. Elle commence par la maîtrise des ressources et des matériaux.

Dans ce contexte, le recyclage et l’économie circulaire apparaissent comme des leviers stratégiques majeurs. Les déchets industriels, les produits en fin de vie ou les ressources sous-utilisées présentes sur nos territoires représentent autant de gisements susceptibles d’alimenter les chaînes de valeur de demain. L’enjeu n’est plus seulement de recycler davantage, mais de transformer ces ressources en matériaux à haute valeur ajoutée, spécifiquement conçus pour la fabrication additive.

Cette approche répond simultanément à plusieurs défis : la réduction de notre dépendance aux importations, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la diminution de l’empreinte environnementale de l’industrie.

Les évolutions géopolitiques récentes renforcent encore cette nécessité. Les questions de souveraineté industrielle et de résilience occupent désormais une place centrale dans les stratégies européennes. Cette dynamique est clairement poussée actuellement par le secteur de la défense.

Lorsque j’ai créé mon entreprise, je m’étais fait la promesse de ne pas travailler pour ce secteur à quelque exceptions près (protection balistique notamment). Aujourd’hui, mon regard a évolué. Non pas par attrait particulier pour les applications militaires, mais parce que les contraintes que ce secteur impose révèlent les enjeux auxquels toute l’industrie sera confrontée demain.

Dans la défense, la résilience des chaînes d’approvisionnement n’est pas un avantage concurrentiel ; c’est une nécessité. Les organisations doivent pouvoir produire avec les ressources dont elles disposent, parfois dans des environnements où les chaînes logistiques traditionnelles ne sont plus garanties. Cette exigence pousse à développer des solutions locales, circulaires et robustes.

Je suis convaincu que cette dynamique peut devenir un formidable moteur d’innovation pour l’ensemble du tissu industriel européen.

Partout sur le continent émergent aujourd’hui des initiatives visant à développer de nouveaux matériaux, à intégrer davantage de matières recyclées et à construire des écosystèmes industriels plus cohérents et intégrés. Ces projets dessinent les contours d’une industrie plus résiliente, plus circulaire et plus souveraine.

Nous continuerons bien sûr à imprimer davantage de pièces, plus rapidement et avec une complexité toujours croissante. Mais le véritable changement sera atteint lorsque nous pourrons affirmer que ces pièces sont produites à partir de matériaux développés, recyclés et sourcés localement.

La fabrication additive a déjà transformé notre manière de produire. Les matériaux ont désormais l’opportunité de transformer notre manière d’envisager l’industrie elle-même.

Il était aussi dans le podcast


Légende Photo :

Avatar photo
Maxime DELMÉE, Ph.D.

Docteur en chimie des matériaux • CEO & fondateur de AM 4 AM

Articles: 1