Temps de lecture :
Je vais commencer cette nouvelle publication de MatérioThinking avec des chiffres. Ça rend toujours la chronique plus attractif (et parfois triste) : En 2022, 62 millions de tonnes de déchets électroniques ont été générées dans le monde. Et la valeur des métaux contenus dans ces déchets était estimée à 91 milliards de dollars.
Que pensez-vous de ces chiffres ? Tous ces objets électroniques qualifiés de déchets qui renferment en leur cœur des matériaux revalorisables.
L’urban mining : la ville comme mine
C’est le principe de l’urban mining, une manière de considérer nos déchets électroniques comme une source, une « mine » de métaux. Nous sommes bien dans le cas où la matière devient matériau et sujet de réflexion, slogan même de cette chronique. Bien sûr, en donnant ces chiffres, j’ai un peu idéalisé la situation. Déjà, même si on veut recycler un déchet électronique, il n’est pas possible de récupérer 100 % des matériaux qu’il contient. Et l’extraction n’est parfois pas si simple.
Si, par exemple, il s’agit d’un simple fil de cuivre, c’est relativement facile à récupérer. Mais dans un ordinateur, ou même dans une batterie, il peut y avoir des dizaines de matériaux différents qu’il faut séparer. Et en plus de ça, il y a une partie en plastique (que Mike aime beaucoup, haha !).
Aujourd’hui, en Europe, environ 43 % des déchets électroniques sont officiellement collectés et recyclés. Et n’oublions pas que c’est une statistique. Il y a les mensonges, il y a les vérités… et il y a les statistiques.
Les 3R (et deux de plus)
Si vous avez lu les précédentes publications de ma chronique, vous savez déjà ce que je vais écrire. Et oui : les 3 R — Réduire, Réutiliser et Recycler. J’ajouterais même un quatrième R : Réparer. Et même un cinquième R, qui est Refuser.
Réduire
Dans un premier temps, il faut réduire notre consommation d’équipements électroniques. Aujourd’hui, que ce soit au niveau personnel ou institutionnel, nous avons développé une sorte de fast fashion électronique. Acheter le dernier smartphone, changer un ordinateur alors que l’ancien fonctionne encore, remplacer un appareil simplement parce qu’un nouveau modèle est sorti…
J’en ai été témoin récemment lors d’un vol long-courrier. On nous donnait des écouteurs « à usage unique » pour connecter au système multimédia de l’avion. Mais aujourd’hui, presque tout le monde possède déjà ses propres écouteurs. C’est vrai que j’ai utilisé les mêmes écouteurs pour mon vol aller-retour. Et je les garde toujours chez moi ! Je pense que si nous réduisons déjà notre consommation, nous pouvons faire un grand pas en avant.
Réutiliser
Ensuite vient la réutilisation.
Prenons l’exemple des batteries de voitures électriques. Lorsqu’elles ne sont plus suffisamment performantes pour être utilisées dans une voiture, par exemple après une perte importante de capacité elles peuvent encore avoir une seconde vie pour le stockage stationnaire d’énergie. Une batterie qui n’est plus suffisamment performante pour une voiture n’est donc pas nécessairement un déchet. Elle peut encore être utile ailleurs.
Réparer
Au niveau de la réparation, malheureusement, nous avons également tendance à régresser.
Pendant longtemps, les batteries de nombreux appareils étaient facilement remplaçables. Quand la batterie ne fonctionnait plus, on pouvait simplement la changer. Aujourd’hui, c’est souvent beaucoup plus compliqué : les appareils sont plus compacts, les composants sont collés ou soudés, et certaines réparations peuvent coûter presque aussi cher que le remplacement de l’appareil.
L’Union européenne commence toutefois à pousser dans l’autre direction, avec des réglementations visant notamment à améliorer la réparabilité et la remplaçabilité des batteries.
Recycler, en dernier recours
Et finalement, le recyclage devrait être la dernière étape. Pourquoi ? Parce que recycler demande lui aussi de l’énergie et peut générer des émissions et des déchets. Le recyclage est donc important, mais il ne devrait pas être notre première réponse.
C’est précisément là que l’urban mining devient intéressant.
L’urban mining se concentre notamment sur la récupération des matériaux contenus dans les produits que nous avons déjà fabriqués et utilisés. Dans certains cas, récupérer un métal à partir d’un déchet peut être beaucoup moins impactant pour l’environnement que de l’extraire à nouveau du minerai.
Le paradoxe économique
Mais il y a un paradoxe économique.
Aujourd’hui, dans de nombreux cas, extraire un métal d’un minerai vierge peut encore coûter moins cher financièrement que collecter, trier et recycler des déchets.
Et c’est là que les gouvernements ont un rôle important à jouer.
Si nous laissons uniquement le marché décider, une entreprise cherchera naturellement la solution la moins coûteuse économiquement. Or, le coût réel de l’extraction minière : pollution, consommation d’eau, destruction des écosystèmes, émissions de CO₂, etc. n’est pas toujours entièrement intégré dans le prix du métal. Il faut donc créer les conditions économiques qui rendent le recyclage et l’urban mining réellement compétitifs.
Le rôle des citoyens et leur regard sur le déchet
Mais nous, en tant que citoyens, avons également un rôle à jouer. Nous pouvons faire pression sur les fabricants en choisissant des produits plus réparables, plus durables et contenant davantage de matériaux recyclés. Parce qu’au fond, l’urban mining ne consiste pas seulement à apprendre à mieux recycler nos déchets.
Il consiste à changer notre manière de voir les déchets.
Ce que nous appelons aujourd’hui « déchet » pourrait bien être la mine de demain. Néanmoins, est-ce un modèle soutenable ?
Références
- Carolin Kresse et al. — Global Supply of Secondary Lithium from Lithium-Ion Battery Recycling (20 juin 2025) : https://www.mdpi.com/2313-4321/10/4/122
- UNITAR (United Nations Institute for Training and Research) — Global E-Waste Monitor 2024: Electronic Waste Rising Five Times Faster Than Documented E-Waste Recycling (2024) : https://unitar.org/about/news-stories/press/global-e-waste-monitor-2024-electronic-waste-rising-five-times-faster-documented-e-waste-recycling?utm_
- Cosmos Materia – The Matériologist — Lithium : au cœur de la transition, au défi de la circularité – Mike Abidine Alexandre (28 octobre 2025) : https://www.cosmosmateria.com/lithium-au-coeur-de-la-transition-au-defi-de-la-circularite/
Légende Photo :
MatérioThinking avec Nizami Israfilov, Ph.D. Crédit : © Cosmos Materia

MatérioThinking
MatérioThinking est la chronique du média Cosmos Materia qui explore la matière comme matériau et sujet de réflexion.



